Aucune vocation n’appartient à l’ordre des évidences.


Aucune vocation n’appartient à l’ordre des évidences. Quand il désire s’attacher quelqu’un à son service, le Seigneur est tenace. Mais Il est, aussi, incroyablement discret. Nul ne peut comprendre comment se manifeste une vocation s’il oublie que Dieu, parce qu’il est amour, sollicite les âmes avec la délicatesse, la timidité de l’amour. Même ceux qui peuvent dire : A aucun moment, je n’ai éprouvé de doute sur ma vocation … ont connu cette impression bouleversante, si difficilement exprimable parce que s’y rencontrent, au mépris des logiques humaines, les vérités les plus contradictoires : se sentir mené par plus fort que soi, et néanmoins rester libre ; savoir que la voix qui appelle ne se taira jamais, nous poursuivra à temps et à contretemps, mais à chaque instant il dépend de nous de ne pas l’entendre ; comprendre que Dieu, pour nous conduire là où il désire, veut avoir besoin de nous. Marie était libre de dire non à l’ange.

L’appel de Dieu, au surplus, chemine à travers un environnement dont il faut, bien souvent, dissiper les ambiguïtés : le contexte familial ; l’influence d’un prêtre, de parents ou d’amis ; un exemple que l’on se croit destiné à suivre ; une lecture, une émotion ; des circonstances psychologiques ou sentimentales. Tout cela peut être utilisé par le Seigneur pour disposer l’âme à suivre sa voie. Mais il arrive aussi que tout cela engendre des vocations imaginaires. Ou des erreurs d’orientation.

Le service de Dieu comporte bien des emplois. Tel se croyait destiné à la vie contemplative, s’aperçoit qu’il est fait pour l’action. A l’intérieur d’une même famille religieuse, la diversité des branches paraît au profane assez dérisoire. Elle exprime cette vérité d’expérience : toute vie consacrée est un équilibre délicat, dans lequel entrent en jeu la santé physique, la tournure d’esprit, les dispositions de l’âme.

Pierre de Calan, Côme ou le désir de Dieu, La table ronde, 1977, pp.29-31.