Bagatelle


Bagatelle, un nom qui évoque la légèreté, l’insouciance. C’était hier sans doute, pour ce quartier de Toulouse. Aujourd’hui Bagatelle est une zone de sécurité prioritaire et une des poches de pauvreté les plus importantes de Toulouse, mais aussi de France.

JPEG - 75 ko

Attention quand tu traverses la rue, même sur un passage protégé et au feu vert, tu risques de te faire renverser par un bolide, moto ou voiture et ce sera de ta faute, t’avais qu’à pas être là. La liste des incivilités serait longue. Quand je passe sur la place Anthonioz­-De Gaulle, je me demande parfois où je suis : Maghreb, Afrique... Je ne peux pas dire que j’ai vraiment peur, plutôt irrité et en colère. Si j’ai peur c’est parfois de péter les plombs et de ne pas avoir les réactions adaptées. Il y a une partie de la population avec laquelle la cohabitation est difficile. Le mot respect est inconnu. La provocation est de mise. Je ne parle même pas de dialogue. J’ai dit bonjour à quelqu’un une fois et je me suis fait insulter comme jamais. Tout cela pour dire que je ne reste pas à Bagatelle parce que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
Je reste à Bagatelle parce que je ne suis pas seul, il y a les autres frères déjà, mais aussi d’autres personnes qui vivent ici depuis longtemps pour certaines et qui croient encore malgré le contexte dans lequel elles vivent, que quelque chose peut changer. Mireille habite dans un HLM de quinze étages depuis trente ans, elle est témoin quotidiennement d’actes de violence, devant sa porte, dans son escalier et pourtant, bien qu’elle prenne de l’âge, elle a choisi de ne pas partir. Il y a la petite communauté de Jésuites du 17° étage, bien implantée sur le quartier, dans les associations. Je ne peux pas les citer tous. Mais ils sont là. Leur présence est importante, c’est un signe d’espérance pour beaucoup. Nous nous retrouvons régulièrement le dimanche à l’eucharistie avec un certain nombre et ça aide.
Je reste à Bagatelle aussi en m’appuyant sur le loup de Gubbio et la non-­violence. Le karcher ou la Kalachnikov ne sont pas les bonnes méthodes, même si parfois c’est tentant. Je crois en la présence discrète, priante. Je crois à la rencontre avec tous les acteurs de paix. Même si beaucoup pensent qu’il n’y a rien à faire et que ça ira peut-­être de pire en pire, je garde confiance. Saint François a reconnu parmi les causes qui conduisaient le loup à la violence, la faim et le manque de respect. Ici quelles sont les causes de cet incivisme, de cette violence ? La pauvreté, le chômage, la démission des responsables, des parents !!! Beaucoup de ceux qui s’expriment par la violence sont issus de l’Islam. Comment l’Islam les rejoint en profondeur et les aide à se situer en êtres humains responsables et soucieux du bien commun ? Voilà quelques-unes des questions qui m’habitent et que j’aimerais approfondir avec d’autres. Nous sommes à Bagatelle depuis un an seulement. J’espère malgré les difficultés que j’éprouve parfois, avoir suffisamment de courage et de force pour rester, le temps que la province le souhaitera, dans ce lieu que le pape François qualifierait de "périphérique", d’autant que le quartier est ceinturé par un vrai périphérique, un symbole.
F. Antonin Alis