Benoît XVI à San Giovanni Rotondo

Homélie du 21 juin 2009 (extraits)


Chers frères et sœurs,

Au cœur de mon pèlerinage en ce lieu,
où tout parle de la vie et de la sainteté de Padre Pio da Pietrelcina, j’ai la joie de célébrer, pour vous et avec
vous, l’Eucharistie, mystère qui a constitué le
centre de toute son existence : l’origine de sa vocation, la force de son témoignage, la consécration de son sacrifice (…)

Certains saints ont vécu intensément et personnellement cette expérience de Jésus — à savoir celle d’un abandon confiant entre les mains du Père comme lors de la tempête apaisée.
Padre Pio da Pietrelcina est l’un d’eux. Un homme simple, d’origine humble, « saisi par le Christ » (Ph 3,12) — comme l’apôtre Paul l’écrit de lui-même — pour en faire un instrument
élu du pouvoir éternel de sa Croix : pouvoir d’amour pour les âmes, de pardon et de réconciliation, de paternité spirituelle, de solidarité effective avec ceux qui souffrent. Les stigmates,
qui marquèrent son corps, l’unirent intimement au Crucifié-Ressuscité. Authentique disciple
de saint François d’Assise, il fit sienne, comme le Poverello d’Assise, l’expérience de l’apôtre Paul, telle qu’il la décrit dans ses Lettres : « Avec le Christ, je suis fixé à la croix ; je vis, mais
ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20) ; ou bien : « Ainsi la mort fait son
œuvre en nous, et la vie en vous » (2 Co 4,12). Cela ne signifie pas aliénation, perte de personnalité : Dieu n’annule jamais l’être humain, mais le transforme avec son Esprit et l’oriente au service de son dessein de salut. Padre Pio conserva ses dons naturels, et aussi son tempérament, mais il offrit chaque chose à Dieu, qui a pu s’en servir librement pour prolonger l’œuvre du Christ : annoncer l’Évangile, remettre les péchés et guérir les malades dans le corps et l’esprit.

Comme ce fut le cas pour Jésus, Padre Pio a dû soutenir la vraie lutte, le combat radical non
contre des ennemis terrestres, mais contre l’esprit du mal (cf. Ep 6,12). Les plus grandes « tempêtes » qui le menaçaient étaient les assauts du diable, dont il se défendait avec l’« armure de Dieu », avec « le bouclier de la foi » et
« l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de
Dieu » (Ep 6,11.16.17). Restant uni à Jésus, il
n’a jamais perdu de vue la profondeur du
drame humain, et c’est pour cela qu’il s’est offert et a offert ses nombreuses souffrances, et il
a su se prodiguer pour le soin et le soulagement des malades, signe privilégié de la miséricorde de Dieu, de son Royaume qui vient, qui est même déjà dans le monde, de la victoire de l’amour et de la vie sur le péché et sur la
mort. Guider les âmes et soulager les souffrances : ainsi peut-on résumer la mission de saint
Pio da Pietrelcina, comme l’a dit également à son propos le serviteur de Dieu, le Pape
Paul VI : « C’était un homme de prière et de souffrance ».

Chers amis, vous êtes les héritiers de Padre Pio et l’héritage qu’il vous a laissé est la sainteté. Dans une de ses lettres, il écrit : « Il semble que Jésus n’ait pas d’autre souci à l’esprit
que celui de sanctifier votre âme » (Epist. II, p. 155). Telle était toujours sa première préoccupation, son inquiétude sacerdotale et paternelle : que les personnes reviennent à Dieu,
qu’elles puissent faire l’expérience de sa miséricorde et, intérieurement renouvelées, puissent redécouvrir la beauté et la joie d’être chrétiens, de vivre en communion avec Jésus,
d’appartenir à son Église et de pratiquer l’Évangile. Padre Pio attirait sur la voie de la sainteté grâce à son propre témoignage, en indiquant, par l’exemple, le « chemin » qui conduit à
celle-ci : la prière et la charité.
Avant tout la prière. Comme tous les grands hommes de Dieu, Padre Pio était lui-même devenu prière, corps et âme. Ses journées étaient un rosaire vécu, une méditation et une assimilation continues des mystères du Christ en union spirituelle avec la Vierge Marie. C’est ainsi que s’explique la comprésence singulière, en lui, de dons surnaturels et de qualités humaines. Et tout atteignait son sommet dans la célébration de la Messe : là il s’unissait pleine-
ment au Seigneur, mort et ressuscité. De la prière, comme d’une source toujours vive, jaillissait la charité. L’amour qu’il portait dans son cœur et qu’il transmettait aux autres était plein
de tendresse, toujours attentif aux situations réelles des personnes et des familles. En particulier à l’égard des malades et des personnes qui souffrent, il nourrissait la prédilection du
Cœur du Christ, et c’est précisément de celle-ci qu’a pris origine et forme le projet d’une
grande œuvre consacrée au « soulagement de la souffrance ». On ne peut pas comprendre
ni interpréter comme il se doit cette institution si on la sépare de sa source d’inspiration, qui
est la charité évangélique, animée à son tour par la prière.