Cinq années de présence des capucins à Haïti


Pour célébrer le cinquième anniversaire de l’implantation des frères capucins en Haïti, il convient tout d’abord de faire mémoire. En effet, les premiers frères français sont arrivés au début du XVIIe siècle. Ils appartenaient à la province des capucins de Normandie et se sont établis dans la partie occidentale de l’île pour répondre au désir du cardinal Richelieu. Ils ont exercé leur apostolat et se sont inscrits dans le contexte sociopolitique de l’époque jusqu’à leur départ au début du XVIIIe siècle. Ajoutons simplement qu’ils ne firent pas de recrutement mais ont laissé quelques traces dans le nord de l‘île. Nous pouvons aussi mentionner la fondation de Corail, petite commune située dans le

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frères Jean-François et Lori, à Corail

département de la Grande Hanse. En 1980, F. Bédard Guy, capucin, fut ému par la pauvreté de certains et se montra audacieux dans le domaine de l’habitat et de l’éducation. Il donna consistance à son œuvre en invitant les membres du Tiers-Ordre franciscain québécois à s’investir dans ce projet social. Pour demeurer fidèle à notre histoire, nous évoquons aussi tout le travail fait par M Frantz Jeudi pour établir un lien avec les Capucins de République dominicaine. De fait, il a fait le pont entre ceux-ci et de jeunes haïtiens intéressés par notre genre de vie. Il suscita ainsi des rencontres autour des années 90 et son engagement a manifesté une réelle fécondité dans le champ de la « pastorale vocationnelle ». Quelques Haïtiens se sont effectivement engagés dans le processus de la formation et l’esprit franciscain-capucin a continué de rayonner. Aujourd’hui, un

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missionnaires laïques avec les frères à Corail

nouveau chapitre de cette longue histoire commence et nous aimerions nous réjouir ensemble de cette réimplantation des frères capucins en Haïti.
En ce 25 Mars de l’année 2007 fut ouverte officiellement la fraternité des frères capucins à Béraud, petite commune haïtienne située dans le département du Sud. Les frères ont été bien accueillis par la population locale et le plaisir fut partagé. Ainsi commençait cette nouvelle implantation des Capucins en terre haïtienne. 4 frères formèrent cette nouvelle fraternité Saint François d’Assise : f. Juan de Dios Valério (dominicain) gardien, f. Marinito Rodriguez (dominicain) économe, f. Lori Vergani (brésilien), curé de la paroisse Saint-François d’Assise et responsable de la mission, f. Armand Blanc (haïtien) post-novice dont l’ordination sacerdotale eut lieu l’année suivante. Ces 4 frères furent pionniers : ils louèrent une maison située dans un environnement

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Les frères, à Béraud

bruyant et vécurent dans des conditions assez précaires. Notons simplement que les frères reçurent un précieux soutien de la part des sœurs de Saint François d’Assise. Les frères et les sœurs partagèrent souvent la prière et le repas et de nombreux services furent rendus par les uns et les autres. La fraternité s’est enracinée et le jeune arbre a produit de nombreux fruits. Nous ne pouvons pas tout dire mais il convient de souligner les axes majeurs de notre présence en terre haïtienne.

Une présence fraternelle

D’abord notre présence est celle d’une fraternité dont le témoignage demeure essentiel. Évoquons brièvement le nom des frères ainsi que les lieux d’investissement. Il y eut beaucoup de mouvements et le premier frère venu renforcer le groupe déjà existant fut f. Jean-François Preynat, frère français ayant vécu de longues années en Afrique. En janvier 2008, il a pris place au sein de la fraternité de Béraud et mis ses compétences techniques au service des nombreuses réalisations. Aujourd’hui, il vit à Corail et participe au projet de la famille franciscaine. L’année suivante, f. Benoît Lhote est arrivé de France et a renforcé la fraternité de Béraud. Il se plaît à dire qu’il fait tout et rien. En octobre de cette même année, f. Frantz Joseph Gilles et f. Fernando Abad

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Les frères à Abacou

Moreno s’installent à Abacou. Le premier est haïtien et prendra en charge la paroisse d’Abacou. Le second est dominicain et vient pour un stage pastoral. En février 2010, un mois après le tremblement de terre qui a fortement endeuillé Haïti, 2 frères brésiliens ont traversé l’océan pour s’inscrire dans ce projet missionnaire. F. Sergio Defendi et f. André Luis Silva ont vécu un premier temps de familiarisation à Abacou, petit village au bord de mer, non loin de Béraud. F. André a ensuite été nommé à la fraternité de Béraud pour assumer la charge de vicaire de la paroisse. Il fait aussi partie de l’équipe chargée du postulat. Quant à f. Sergio, il est resté à Abacou

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les frères du Brésil avec des laïques

pour prendre la responsabilité d’une école d’informatique. Début 2012 f. Reginaldo Casinato (brésilien) nous a rejoints. Il a posé ses valises à Abacou et participe à la vie paroissiale tout en s’initiant à la langue et à la culture. Ces frères pionniers ont accueilli de nombreux frères et amis venus partager leur quotidien pour des périodes plus ou moins longues. Notons simplement que les frères en formation en République dominicaine ont été reçus pour un temps de stage pastoral : Gastin, Petertosh, Cadelin, François de France, etc. Nos portes sont toujours ouvertes et les frères accueillants.

Une fraternité évangélisatrice

Un des axes majeurs de notre présence est celui de l’évangélisation et 2 paroisses sont maintenant au cœur de ce dispositif. La paroisse Saint-François d’Assise de Béraud fut érigée le 3 Juin 2007 et celle de

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A Abacou, avec une religieuse et une laïque

Saint-Antoine de Padoue d’Abacou le 10 Mai 2009. Les investissements paroissiaux sont classiques et multiples. Les célébrations, par exemple, sont chantées et bien soignées. Les réunions de préparation ou de réflexion se succèdent et mobilisent notre énergie. La visite des malades nous paraît essentielle pour manifester l’amour miséricordieux du Seigneur. Soulignons l’initiative prise par les premiers frères de Béraud pour faire connaissance et préparer le champ de la mission. Ils ont visité toutes les familles présentes sur le terrain de la paroisse constituée par le centre paroissial, 5 communautés et 3 chapelles. La tradition haïtienne possède une belle qualité d’accueil, aussi les gens ont ouvert leur porte. Cette démarche gratuite a été appréciée et a permis d’établir de véritables liens avec la population.

Du point de vue des chantiers de construction liés à notre vie paroissiale, le travail n’a pas manqué. Le mur d’enceinte de la paroisse de Béraud fut achevé en 2009 grâce aux compétences des ouvriers et à la présence attentionnée des frères. Le chantier du presbytère a commencé peu après et celui-ci offre aujourd’hui un lieu bien confortable pour la fraternité. Quant au presbytère d’Abacou, il fut agrandi pour augmenter ses capacités d’accueil. Dans cette perspective, les projets fleurissent. La construction des églises de Béraud et d’Abacou demeure ainsi au cœur de nos préoccupations.

Une fraternité travaillant au service du développement

  1. 1. Éducation et formation Le parrainage des enfants des écoles représente tout un système d’aide rapidement mis en place. 2 écoles presbytérales dépendent directement de la paroisse de Béraud et 2 autres écoles de celle d’Abacou. Grâce au travail des frères et à la générosité de nombreux bienfaiteurs, l’argent est récolté pour prendre en charge le paiement du salaire des professeurs et une partie de la scolarité des enfants. Outre ce soutien, nous aidons beaucoup de parents en difficulté pour payer l’écolage de leurs enfants. Nous travaillons aussi pour améliorer la vie quotidienne des écoles en réalisant des bancs pour les « timoun » ou en fournissant des livres scolaires. L’éducation ouvre pour chacun des perspectives d’avenir et nous chercherons toujours à développer notre dispositif. Dans ce chapitre éducatif, il convient de mentionner la construction d’une passerelle permettant de franchir une ravine entre Béraud et Guilloux. Les pluies abondantes gonflaient régulièrement la rivière et rendaient l’accès au centre de la commune impossible. Cette situation difficile empêchait, en particulier, les enfants de se rendre à leur école. La décision fut prise en 2008 et l’ouvrage réalisé en 2009. La passerelle de Béraud constitue aujourd’hui un passage obligé pour nos visiteurs. Abacou garde aussi le souci de la formation. Dans ce chapitre, il faut signaler la création d’une école d’informatique proposant un stage d’initiation de 6 mois. Elle a ouvert ses portes au début de l’année 2011 et a accueilli une trentaine de personnes pour la première session. Aujourd’hui, la maîtrise de l’outil informatique devient un objectif réalisable pour certains.
  1. 2. Hygiène et santé « Dlo se lavi » : 12 puits ont déjà été réalisés. L’accès à l’eau est pour beaucoup une difficulté majeure aussi le travail de forage continue. Dans ce domaine, un certain nombre de latrines ont été construites. Ce sont de petites réalisations mais elles paraissent tellement essentielles dans la vie quotidienne. En outre, la construction d’un centre de soins arrive à son terme. Situé non loin de la fraternité d’Abacou, un dispensaire va bientôt ouvrir ses portes. La population est reconnaissante parce que l’accès aux soins va devenir plus commode pour beaucoup. Signalons aussi l’aide fournie à certains pour améliorer leur habitat. Le tremblement de terre du 12 Janvier 2010 a épargné notre zone mais l’accueil de nombreux réfugiés a stimulé le processus d’aide. Ainsi de nombreuses maisons ont bénéficié de ciment, fer et tôles galvanisées. Tous les matériaux n’ont pas été fournis mais la rénovation a été rendue possible grâce à cette aide concrète parce que tout le monde s’est mis au travail. Le courage des uns et la persévérance des autres ne sont-ils pas capables d’accomplir des prodiges ? Piti piti zwazo fè nich li.

Une fraternité de formation

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Frères et postulants, à Béraud

La fraternité de Béraud accueille effectivement les candidats pour l’étape de formation du postulat depuis le 10 Janvier 2011. Cette expérience du postulat en Haïti est nouvelle car elle était vécue jusqu’ici en république dominicaine pour les candidats haïtiens. Quatre jeunes haïtiens partagent ainsi notre vie quotidienne et se nomment Fanfan, Walky et Rock. Jean-Daniel les a rejoints au début du mois d’Août 2011. Concrètement, ils font pendant deux années une expérience de fraternité, temps d’apprivoisement et de discernement et, au terme de celle-ci, ils iront vivre l’étape du noviciat au Brésil. Le programme est classique et les journées bien organisées : cours et temps personnel chaque matin, services et activités pastorales l’après-midi. En outre, le rythme quotidien de la prière offre à chacun un lieu de structuration et un chemin d’approfondissement. En ce domaine de la formation, les projets de construction ne manquent pas. D’une part, nous avons déjà acquis un terrain proche de Béraud et la maison du postulat ouvrira ses portes dans un avenir proche. D’autre part, la recherche d’une maison à Port-au-Prince demeure une de nos préoccupations. Elle accueillera les étudiants en théologie dès leur retour du Brésil. Dans cette perspective, la fraternité de Béraud organise régulièrement des rencontres de jeunes hommes intéressés par notre genre de vie. Elle joue ainsi un rôle dans le cadre de la pastorale vocationnelle. Ce chapitre de la formation est essentiel parce que nous savons que ces jeunes appelés vont un jour prendre le relais pour vivre et écrire l’histoire des frères capucins présents en Haïti. Nul doute que l’avenir est devant !

Que la grâce nous accompagne et nous donne audace et générosité pour accomplir notre tâche. Qu’elle donne aussi au peuple haïtien, durement éprouvé par les difficultés de la vie mais toujours généreux et souriant, l’énergie nécessaire pour améliorer le quotidien et ouvrir de belles perspectives d’avenir.

F. Benoît Lhote, été 2012