"Comme les apôtres, il ne doutait de rien" : le P. Marie-Antoine de Lavaur


Paroles préparées pour la rencontre à la basilique Saint Sernin, à Toulouse, à l’occasion de l’exposition consacrée au Père Marie-Antoine de Lavaur, capucin, le jeudi 28 novembre 2019, à 14h30

« Ce qui frappe le plus chez ce capucin méridional, c’est la puissance et l’audace de sa foi. Le P. Marie-Antoine prenait l’Évangile à la lettre. Il ne doutait pas de sa vérité ni de son efficacité. Il était comme les apôtres, il ne doutait de rien. Il portait sa foi dans sa parole, dans son attitude. Elle faisait partie de son être même. Rien que sa présence était une prédication. Sa charité était aimable, irrésistible. Il avait le contact avec l’homme du peuple, sachant parler son pittoresque langage et sachant entendre et parler la langue d’oc, et même prêcher en cette langue. » Ces mots du cardinal Saliège rappelle l’ardeur, le langage et les gestes que le Père Marie-Antoine de Lavaur a déployés dans le sud-ouest de la France du XIXè siècle, avec puissance et audace. Missionnaire capucin populaire, personnage hors du commun, le P. Marie-Antoine marqua son époque par sa vie, ses actions et ses écrits, comme en témoigne l’exposition que nous voyons dans cette basilique.

La vie de ce frère mineur capucin, fils de saint François d’Assise, que nous honorons aujourd’hui, coïncide presque exactement avec le pontificat de Léon XIII (1878-1903), pape entre autres de la question sociale et du ralliement à la République. Le climat de la fin du XIXème siècle est un climat de luttes et d’outrances. On pourra même parler de « nouvelle guerre de religion ». Dans cette ambiance, le Père Marie-Antoine, avec le fort tempérament qu’on lui connaît, ne se laisse pas intimider. Il recommandait en 1893 d’être à la fois « excellents royalistes en ayant tous Jésus pour Roi [et] excellents républicains en aimant le peuple et en nous dévouant pour lui ». Il parle avec chacun, riches ou pauvres, croyants et incroyants, amis ou hostiles. On a pu dire de lui qu’il avait tracé une route originale entre celle du Curé d’Ars et celle du grand prédicateur dominicain Lacordaire . Sa parole touche les cœurs, elle est reconnue comme pertinente et cohérente avec sa vie simple et joyeuse. N’est-ce pas là un aspect de sa personnalité que nous pouvons retenir pour nous-mêmes ?

Votre présence aujourd’hui, Monsieur le Maire et Monseigneur, est un signe fort de l’attachement des Toulousains, encore aujourd’hui, au Père Marie-Antoine. Cet attachement est nourri par l’engagement inlassable de Jacqueline Baylé et des membres de l’APMA, que je remercie. La publication des écrits, l’exposition présentée dans cette église, les relations avec des personnalités politiques, religieuses et associatives, tout cela contribue grandement à ce que le nom de cette figure régionale continue d’être connu. Les inaugurations prochaines de l’Allée Père Marie-Antoine et de la Croix de mission y contribueront encore.
L’examen de la Cause en béatification poursuit sa route sérieusement à la Congrégation pour la cause des saints, à Rome. Et nul doute que les manifestations de ces jours à Toulouse contribueront à démontrer que la figure du Père Marie-Antoine parle encore parce qu’il fut mystique et missionnaire, mystique au sens où il vécut l’expérience vraie du Dieu vivant qui transforme une existence, missionnaire dans son énergie à servir et à vivre du Christ, Fils du Dieu vivant.

Votre présence à tous confirme que le Père Marie-Antoine parle encore à tous. Vicaire à Saint Gaudens, de 1850 à 1855, puis entré au noviciat des frères mineurs Capucins, le Père Marie-Antoine est revenu à Toulouse en 1856 pour fonder un couvent et c’est ici, à Saint Sernin, qu’il est venu prier et confier son projet à l’intercession de la Vierge Marie si présente dans sa vie et qu’il servira avec grande affection, notamment à Lourdes. Resté à Toulouse jusqu’à sa mort en 1907, le Père Marie-Antoine parle à tous car il prêchait et vivait l’Evangile, une Bonne Nouvelle offerte à tous, car Parole d’un amour incarnée en Jésus que Dieu veut partager avec chacun.

Notre société française, fracturée et fragilisée, peut encore bénéficier de cette Parole d’amour désintéressée et révélatrice de la dignité de chacun. Chacun, nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, appelés à user de notre liberté au service du Bien commun. Le Père Marie-Antoine est un jalon dans l’histoire de notre pays. Il a parlé et œuvré avec audace. Il nous renvoie cette question : comment être apôtre de Jésus au service de tous en temps de crise ?

Je vous remercie

frère Eric Bidot, ofm cap, ministre provincial