Frère Aloys Bailly


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Né le 24 juillet 1922 à Vincennes (Val de Marne), Jacques Bailly, fils unique de sa famille, perd très jeune sa mère. Entré au noviciat du Mans (Province de Paris) en 1943, sous le nom de frère Aloys, il y fait profession le 8 septembre 1944. Il poursuit sa formation à Nantes où il est ordonné prêtre le 29 juin 1949.
Professeur d’histoire de l’Église à Tours de 1950 à 1957, puis au scolasticat de Crest (1957/58), il est envoyé en Turquie en juillet 1959 comme professeur au Séminaire Saint-Louis. Il a été également engagé dans la catéchèse au lycée français, en turc et en français, et plus tard dans le catéchuménat. Il a desservi plusieurs chapelles, notamment celle de Bebek sur le Bosphore (au nord d’Istanbul, liée à une maison tenue par les Filles de la Charité).
En juillet 1999, la fraternité française ayant été fermée, le frère Aloys devient membre de la nouvelle Custodie de Turquie et prend place dans la fraternité de Yesilköy. Par suite d’une chute à la bibliothèque en octobre 2007, il est accueilli à Bomonti chez les Petites sœurs des Pauvres pour sa rééducation et y est demeuré depuis, rendant différents service en communauté et aux personnes âgées. Depuis son dernier congé il y a trois ans, il n’a plus souhaité revenir en Province, la Custodie de Turquie étant devenue sa nouvelle patrie. Mais s’étant mis ces dernières années au courrier électronique, il était resté très en lien avec bien des frères et des amis et se tenait au courant de la vie de la Province.

Le frère Aloys a consacré son énergie au séminaire de Saint-Louis au delà des activités d’enseignant. Car les jeunes, envoyés par leur évêque à Saint Louis dans les années s’échelonnant de 1959 à 1975 au moins, venaient des frontières de l’Iraq et de la Syrie. Ils n’avaient vu ni électricité, ni service d’eau, ni journal et publicité, ni entendu par radio informations, musique et chants. C’étaient des adolescents, fils de bergers de villages montagnards, isolés, autarciques et encerclés par l’Islam. Ils se trouvaient culturellement déracinés.

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Arrivant à Istanbul, plus terrorisés qu’émerveillés par la nouveauté, leur premier ancrage était le frère Aloys qui tenait auprès d’eux par nécessité et avec simplicité un rôle d’affection maternelle et d’autorité paternelle. Il était pour eux "Père Aloys". Ces jeunes étaient inscrits dans les écoles turques de langue française tenues par les Frères des Écoles Chrétiennes. Ils revenaient à Saint Louis qui était de ce fait Foyer Séminaire. Ils recevaient là une aide pour leur scolarité et l’enseignement indispensable dans un petit séminaire.
Le contraste était tel entre les élèves scolarisés dans ces écoles et les séminaristes qu’à partir de 1975 on décida d’inscrire ceux-ci, au fur et à mesure qu’ils arrivaient, dans une école turque du quartier. On échappait d’un côté aux inconvénients d’un brusque clivage social mais de l’autre on ne pouvait éviter des tracasseries de jeunes musulmans qui voyaient des chrétiens pour la première fois, et l’obligation faite aux minoritaires d’entendre du fond de la classe l’enseignement coranique dispensé. Tout cela revenait le soir, avec le retour de l’école, au Père Aloys moins comme matière à traiter qu’écoute et encouragement à donner aux plus fragilisés. Par ailleurs, de jeunes hommes, pas mieux préparés à la vie urbaine, étaient également à Saint Louis sous la tutelle de leur évêque en vue de la prêtrise. Père Aloys leur enseignait l’Histoire de l’Église et leur donnait des cours de spiritualité.
La guerre turco- turque s’éternisant aux frontières, l’insécurité causa l’afflux des ruraux vers la ville et les villages se vidèrent. Le père Aloys fut un des premiers témoins du drame des familles chré¬tiennes dispersées. Sa sollicitude s’étendit à travers les séminaristes d’abord à leurs parents proches père et mère, frères et sœurs qui s’agglutinaient dans des quartiers suburbains misérables. Les familles chaldéennes, syriennes et arméniennes ne supportant pas ces conditions de vie finirent par choisir l’Europe. Père Aloys gardait le contact avec elles. Elles lui sont reconnaissantes. Une messe a été célébrée en leur nouvelle et neuve église Saint-Thomas à Paris et à Sarcelles (avec la participation du F. Hubert Calas et Michel Gall) dès que la nouvelle du décès leur parvint.
fr. Yvon Person