Frère Jean Péron


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Jean Péron
Né le 17 juillet 1933 à Kernilis (29)
Noviciat : 11 septembre 1952
Ordination : 17 décembre 1960
Décédé : 14 juillet 2013

Né à Kernilis (Finistère) le 17 juillet 1933 dans une famille d’agriculteurs bretons, Jean, Pierre Péron, après avoir fréquenté le petit séminaire Saint-Fidèle d’Angers, est entré au noviciat des Frères capucins de Paris au Mans le 11 septembre 1952, sous le nom de frère Fabien. Profès le 12 septembre 1953, il continue sa formation théologique à Tours, où il fait profession perpétuelle le 19.03.1959. Ordonné prêtre le 17 décembre 1960.
Professeur à l’École séraphique de Dinard (1962/64), il se perfectionne à l’Université de Tours pour apprendre la langue allemande (1964/66). Mais en septembre 1966, il est nommé à Cambrai, puis en 1967 comme vicaire à la paroisse tenue par les Capucins de Calais avant de muter à Tours-Plateau en juillet 1969 dans une petite fraternité au travail en mission ouvrière. Pendant près de 40 ans il partage la vie des ouvriers et défend les intérêts des salariés à travers des responsabilités syndicales puis de conseiller prudhommal.
Après la fermeture de Tours, il rejoint Guingamp dont il sera le dernier gardien. En mai 2010, il se retire à la maison des prêtres de Kéraudren près de Brest et finalement à l’infirmerie d’Angers en mars 2011. En été 2012, il est accueilli et soigné à l’EHPAD des Petites sœurs de St François d’Angers.

Homélie de Léon Gahier aux obsèques de F. Jean Péron – 19 juillet 2013 – Angers

JEAN PÉRON, mon frère ! Bonjour ! Te voilà parmi nous, une dernière fois, dans ton cercueil et ton mystère. Ce bonjour peut être, selon le choix de chacun de nous, un au-revoir ou un a-Dieu. Il est pour tous un temps de communion, de fraternité, de partage, une dernière fois avec toi, Jean.
D’abord, je salue très fort tous les membres de la famille de Jean, issus d’une grande famille bretonne de 10 enfants : le même sang, le même nom, le même village près de Brest. Nous partageons la même peine, les mêmes chagrins, car Jean était aussi notre frère.
Tes frères capucins sont aussi autour de toi. Nous sommes de la même race, de la même fabrique, des frères comme toi serviteurs des pauvres.
Tes camarades de travail sont là aussi, ceux de Chiminter. Tes camarades du syndicat, spécialement la CGT dont tu étais un membre actif et vigoureux, Ceux de ton parti, les représentants de la Chambre des Prud’hommes dont tu étais un membre éminent, représentant élu de la CGT, souvent des hommes de loi venant te demander conseil.
Enfin, ceux de ton quartier. Je ne voudrais pas oublier non plus celles qui t’ont tant aidé : Monique, Suzanne, Paule, Catherine et combien d‘autres...

Ton cœur était grand. Il était peuplé comme une place publique d’hommes et de femmes de tous horizons. On t’aimait bien ! parce que tu étais vrai, quelque fois bourru. Ton esprit un peu granitique cachait une tendresse immense, comme ces vieilles chapelles dans la campagne du pays breton. Granit et tendresse. Tu étais pudique, ce qui n’empêchait pas que, parfois, tu avais le vin gai et nous partagions ta gaîté dans l’hospitalité généreuse d’une table toujours bien garnie ! Que de vaisselle à faire, mais tu savais te faire aider !
Qui pourra dire l’intensité de cette vitalité fraternelle et militante que nous partagions ensemble ! Qui peut juger et jauger le souffle qui nous entraînait, nous dépassait et nous fait vivre. Sans nous en rendre compte, on vivait quelque chose d’essentiel, d’ineffable, une parcelle d’étincelle d’un au-delà mystérieux, de l’ordre de l’ÊTRE !
Dans ce jaillissement de vie et de fraternité, tu te sentais profondément capucin. Tu as commencé ta vie de prêtre dans la fameuse fraternité du Plateau, rue de Jemmapes à Tours-Nord, où tu rejoins le frère Venance, le frère Victor, le frère François et le frère Michel Brière, prêtres ouvriers eux aussi tous les deux. De Tours-Centre, je vous ai rejoints et retrouvés avec vous le frère Mathieu Dourmap d’illustre mémoire à Chiminter...
Prêtres ouvriers, nous faisions partie du collectif national, régional et local des prêtres ouvriers. Tous te savaient capucin et prêtre.
Je me souviens d’avoir été surpris lors de la fête de tes adieux de Tours que sur les murs de la salle étaient épinglés des photos de toi - toutes en aube et en étole – souvenirs des baptêmes et mariages des camarades qui te sollicitaient et signes de ce que tu étais pour eux, essentiellement un ami, un frère et un prêtre.

Je savais – j’en ai été témoin – que tu priais la nuit ; dans ta chambre un vieux chapelet, un bréviaire tout rouillé. Tu étais pudique et cette pudeur entourait la profondeur de ta Foi. Cette profondeur soutenait la vigueur de ton engagement syndical et prud’hommal. A Chiminter, vous formiez une équipe solide de militants CGT dont tu étais un peu la cheville ouvrière. Vous avez mené un combat fort, uni, audacieux. Cela c’était le jour, mais la nuit, souvent tu menais un combat plus silencieux : étude du Code du Travail, celle de tes dossiers dont tu avais la responsabilité. Tu descendais plusieurs fois la semaine aux « séances » des jugements, des délibérés...
En terminant, chers camarades, vous savez-bien que les prêtres ouvriers ne sont ni des légionnaires ni des francs-tireurs. Mais des camarades, des frères, des travailleurs comme tout le monde. Nous sommes prêtres. Nous avons donc la Foi et nous voudrions être les témoins tout simples et tout malhabiles de notre Foi.
Nous croyons que Dieu est Amour. Nous croyons à des lendemains qui chantent éternellement pour l’Humanité. Nous croyons que nous sommes tous faits pour un bonheur éternel et merveilleux.
Je voudrais vous remercier ! Vous avez toujours respecté notre identité de croyants. Nous vous remercions de nous avoir aidés à nous poser certaines questions. Vous nous avez aidés à purifier, à fortifier notre Foi et à sortir de certains aspects, d’une certaine religion qui ne soit plus basée sur la vertu et la morale. Nous sommes avec vous, comme vous, avec nos défauts, nos limites, mais on marche ensemble pour un monde nouveau.
Et toi, Jean, si tu pouvais parler, tu nous dirais avec ta grosse voix chaleureuse : Bonjour les amis ! Je ne suis pas mort ! Je suis chez le Bon Dieu et j’y suis bien. Je suis avec la famille, les amis, les copains. Je suis heureux. Je vous attends. Vous verrez, c’est formidable ! Continuez à vivre, aimer et lutter et à bientôt.
Et moi, Léon, je te dis au nom de tous : merci de ton témoignage et de tes paroles. Moi, l’ancien, toi « Ancien » je te remercie et je te dis : « A bientôt, Jean ! »
Léon Gahier, capucin, P.O. en retraite à Tours