Homélie de F. Eric Bidot, provincial, à l’occasion de la célébration du départ des frères de Toulouse


Les 5 et 6 septembre, les frères ont célébré leur départ de Toulouse. Une messe a été célébrée le 6 septembre dans l’église du Saint-Esprit, là où vivaient les frères depuis 2013. Et une autre célébration eucharistique avait eu lieu la veille chez les soeurs clarisses de Toulouse. Voici l’homélie de F. Eric Bidot, ministre provincial des capucins.

Messe d’action de grâces chez les sœurs Clarisses – Toulouse (Col 3, 12-17 et Lc 11, 9-13)

« Vivez dans l’action de grâce. » Nous avons choisi de vivre cette journée sous le signe de l’action de grâce : la grâce, qu’est-ce que c’est ? C’est le don de Dieu qui contient tous les autres dons, celui de Jésus lui-même ; c’est le don rayonnant de la générosité du donateur et enveloppant de cette générosité la créature qui le reçoit. Etre dans « l’action de grâce », c’est se laisser envelopper de la générosité divine, sans se lasser, sans se décourager, sans s’arrêter, tout simplement parce que « Dieu et cela suffit » !

La grâce désigne à la fois la source du don et l’effet du don : la source du don chez celui qui donne et l’effet du don chez celui qui reçoit. Le don suprême de Dieu n’est pas étranger aux échanges par lesquels les hommes vivent ensemble. C’est pour cela que saint Paul souligne que nous formons « un seul corps » (Col 3, 12-17) et qu’il décrit les relations vers lesquelles doivent tendre ceux qui forment ce corps : tendresse, compassion, bonté, humilité, douceur, patience… Être chrétien, être consacré, ce n’est pas se croire arrivés, c’est se savoir en route et en mouvement, selon le seul critère donné par Paul : « que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus » !

Au fils des années, beaucoup de frères Capucins se sont succédés à cet autel et au parloir de ce monastère, contribuant à tisser des liens de famille qui demeurent. A sa manière, chacun a tenté d’être « jardinier de la grâce », par ses paroles et ses œuvres. Merci, chers sœurs, de porter dans votre prière tous ces visages de frères et de confier chacun à la miséricorde du Seigneur, Lui qui est, selon les mots de saint François d’Assise, « Bien plénier, entier, total, vrai et souverain » (1 Rg 23, 9).
Aujourd’hui, il peut nous arriver d’être désemparés devant le vieillissement de beaucoup de communautés religieuses. Ce serait oublier que Dieu peut se révéler dans les foules comme dans le petit nombre, sur les places comme dans les lieux retirés. Ces moments remettent en cause nos plans et nos perspectives. Elles peuvent se vivre dans l’amertume ou être l’occasion de se rappeler que, selon nos Constitutions capucines, nous sommes réunis « au nom de Jésus », le seul nom Sauveur qui donne vie et qui se révèle dans la Parole de Dieu. Les moments de crise sont des appels puissants à ne pas rester à la surface, mais à avancer profondément, pour aller au plus intime de nous-même, au plus intime de l’écoute où Dieu se révèle dans la relation, non sans combat, non sans laisser un goût amer appelé à devenir douceur, par pure grâce. La vie consacrée, c’est le temps du passage, avec son lot d’inconnus et de promesses.

Pour vivre ce temps du passage, vous avez choisi l’évangile de Luc (11, 9-13) dans lequel Jésus rappelle : « demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira ». Ces affirmations nous interrogent sur ce que signifie prier ? Prier serait-il ne rien décider et attendre que Dieu vienne boucher les trous de nos manques et de nos insuffisances ? Quelle est cette vraie prière qui est nécessairement exaucée ? Jésus a répondu à cette question en disant : « cherchez le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33). Les passages que nous avons à vivre doivent demeurer marqués par cette parole : « cherchez le Royaume de Dieu et sa justice », à tout âge, à tout moment. Et le souffle de cette recherche, c’est l’Esprit Saint qui est la réponse du Père à toutes nos demandes, l’Esprit de Jésus mort et ressuscité qui achève toute sanctification.

Dans son petit livre sur Assise, l’écrivain François Cheng évoque François : « homme creusé de soif et de faim, François ne néglige aucun don qui s’offre, car tout don, par essence, contient sa promesse de saveur infinie. » (p.44) A notre tour, en ce temps de passages, de ne négliger aucun don qui s’offre et de demeurer dans le mouvement du don, le mouvement de la grâce qui invite à contempler la source et les effets dans toute la création et entre nous, « avec sa promesse de saveur infinie ». Amen.

Frère Eric Bidot, ofm cap, ministre provincial,
le 5 septembre 2015