L’épopée franciscaine en Inde (III)

Le commissariat indien, jusqu’en 1972


III. Le commissariat indien jusqu’en 1948

Dès 1870, l’idée d’ouvrir un noviciat de Capucins prend corps. C’est Mgr Jacopi, vicaire apostolique d’Agra, capucin de la province de Toscane, qui la mettra en œuvre. Le but poursuivi à cette époque est de suppléer au manque de vocations missionnaires, plutôt que d’implanter l’Ordre en Inde. En 1870, s’ouvre à Mussoorie, l’école saint Fidèle destinée à préparer des enfants européens ou anglo-indiens à une éventuelle vocation religieuse.

Le 8 décembre 1880 le noviciat Saint-François est ouvert à Mussoorie : six novices commencent l’année dont deux seront ordonnés à Agra en 1891. Mais déjà avant 1880, au moins sept jeunes Indiens ont été envoyés en Europe, surtout en Italie, pour y faire leur formation de Capucins et y être ordonnés prêtres. Le noviciat va fonctionner pendant 10 ans. Les responsables sont des provinces de l’Ombrie, Rome ou Toscane ; un jeune père indien Joseph Carrol de Delhi est professeur. Mais en 1890, le noviciat doit fermer, faute de candidats. La maison continue d’accueillir les frères profès qui font leurs études.

1 . Noviciat de Sardhana (1922)

JPEGL’initiative de fonder un nouveau noviciat revient au Ministre Général, le père Joseph Antoine de Persiceto. L’objectif est d’implanter la vie religieuse capucine en Inde. Les Capucins sont responsables de 5 circonscriptions ; ils ont bien travaillé dans le nord de l’Inde et le clergé indigène se développe. Il est temps maintenant d’instaurer la vie religieuse qui est une des composantes de la vie de l’Eglise.

Depuis 1920, une petite école préparatoire à notre vie religieuse a été fondée à Sardhana : vie communautaire, prière et enseignement du latin. Sardhana est un centre de vie chrétienne et de pèlerinage depuis que la Begum Sumroo, princesse indienne convertie de l’Islam y a fait bâtir au début du 19ème siècle, à côté de son palais,une vaste basilique dédiée à N.D. des Grâces.

Le 26 février 1922, au cours de sa visite en Inde, le P. Général fait lui-même la bénédiction des locaux et procède à la vêture des deux premiers novices. Les évêques et les supérieurs réguliers sont présents. En 1924, une maison d’études est refondée pour accueillir les étudiants.
JPEGMais des difficultés vont survenir. Les formateurs venant de provinces diverses ont des vues et des pratiques différentes. Les novices qui viennent de différents diocèses de la région et envisagent d’y retourner ont aussi des vues particularistes. Ce manque d’unité est difficilement supportable dans une fraternité de formation et le Père Général envisage de modifier le fonctionnement du noviciat.

2 . Le commissariat et la province de Paris

En 1927, le Père Général décide de confier le fonctionnement du Commissariat indien à une seule province. Il choisit celle de Paris qui a déjà des frères en mission depuis 35 ans et qui a, en France, une expérience de formation des jeunes frères capucins polonais, tchèques et strasbourgeois. Le provincial de Paris délègue un "Commissaire provincial" qui assure la fonction sur place. Le premier Commissaire provincial sera le père Armand de Vannes. Un premier groupe de 12 Capucins indiens part en Europe pour continuer leurs études. D’autres suivront et deux seront ordonnés à Nantes le 15 juillet 1929.

JPEGParmi les préoccupations du Commissaire, il y a la recherche d’un lieu favorable pour installer le noviciat dans le sud de l’Inde, une région plus apte à fournir des vocations. Une première recherche sur Bombay échoue à deux reprises. L’évêque de Mangalore, par contre, répond chaleureusement à la demande des Capucins. Il offre un très ancien lieu de pèlerinage dédié à saint François. C’est Monte Mariano près de Frangipet, à 15 kilomètres de Mangalore. Il a été fondé par les Franciscains portugais au XVIème siècle et les bâtiments datent d’avant 1623. Il y a une antique petite chapelle et un couvent exigu. Malgré les persécutions et l’absence de prêtres, le pèlerinage a toujours continué. Il y a beaucoup à aménager, mais l’attrait spirituel du lieu et l’accueil de l’évêque sont convaincants. Le P. Symphorien dirige la construction du nouveau couvent dédié à saint Fidèle. Le transfert de la fraternité de Sardhana à Monte Mariano se fait le 1er mai 1930.

En 1930, le Commissariat compte 29 frères profès, tous indiens, les Capucins européens restant attachés à leur province d’origine. A partir de l’établissement du noviciat près de Mangalore, le commissariat va se développer régulièrement avec une moyenne de six professions par an. Le Commissaire demande la venue de Capucins européens jeunes et compétents pour animer les couvents d’étude. Par ailleurs, il se trouve que le séjour des étudiants indiens en France leur est pénible et plusieurs doivent être rapatriés pour raison de santé. Une maison s’ouvre donc à Quilon dans le Kerala qui permet aux études de théologie de se faire sur place. L’étape suivante sera de fonder des fraternités destinées aux jeunes prêtres et frères laïcs pour y vivre leur vocation et en témoigner parmi le peuple.

En 1933, il y a 41 frères indiens profès dans le commissariat. En 1936, ils seront 56. Les demandes d’apostolat augmentent très rapidement. Cette même année, une école primaire est créée à Quilon à côté du couvent. Elle sera cédée à des sœurs franciscaines en 1948. Le P. Sylvestre de Renac publie un bulletin destiné aux prêtres de la fraternité sacerdotale "Voice of Assisi". Cette publication va grandir et connaître un grand succès. Ce sera l’organe du Tiers Ordre ayant des abonnés jusqu’en Europe et en Amérique. Le P. Marie-Urbain, avec sa chronique "Les dits du frère Junipère" contribuera à cette diffusion.

En 1938, le commissariat devient commissariat général. Il comporte 69 frères : 19 prêtres, 18 laïcs, 23 étudiants sur le territoire, 5 prêtres et 4 laïcs en mission.

En 1939, le commissaire en poste est nommé évêque d’Ajmer. Le commissariat est maintenant vigoureux. Il se heurte évidemment à des obstacles et des défections mais il est fort de sa jeunesse. Le nombre des frères augmente régulièrement ; ils sont 73, cette année là. Le problème des rites pose quelques difficultés. L’autosuffisance financière pose question. Mais les fraternités de formation sont assurées par les frères indiens . Les activités apostoliques, culturelles, sociales ou festives se multiplient. Parmi elles, le Tiers Ordre et sa branche sacerdotale ont une place de choix.

Les fondations continuent : Saint Anne à Mangalore, fraternité de l’Alverne à Monte Guirim et en 1943, Amalashram (Ashram de N.D. de l’Immaculée Conception) à Srinangam. C’est la première fondation au Tamil-Nadu. Ce sera un grand couvent avec les étudiants en théologie qui l’occupent en 1944

En 1946, le commissariat compte 120 religieux, le Tiers Ordre, 2304 personnes

IV. Le commissariat après 1948

Nous sommes dans une histoire trop récente et les évènements seraient trop nombreux à rapporter. Voici seulement quelques repères :

- 1949 : Deuxième fraternité au Tamil Nadu : St Joseph de Kotagiri. Ce sera l’étude de philosophie et entre 1949 et 1956, le siège du commissariat.

-1952 : Bharananganam (Ashram Assisi) au Kerala : on y observera le rite latin et le rite syrien.

- 1955 :Coimbatore au Tamil Nadu : l’école séraphique de Goa y est transférée ainsi que le siège du commissariat

- 14 avril 1963 : l’Inde est érigée en province. Le père Jean Berchmans de Chirakadavu est nommé provincial.

- 1966 : Premier chapitre : on y traite de la vie religieuse, de la formation des frères spécialement des frères laïcs, des Missions des vacances et les visites des familles.

- 1969 : deuxième chapitre de la province : gouvernement de la province et coutumes, les missions en Inde du Nord et ailleurs, le projet de division en plusieurs provinces, la formation, la vie de prière et la pauvreté, l’apostolat

- 9 mai 1972 : Le territoire est divisé en 4 provinces : Saint Joseph (Kerala), Sainte Trinité (Karnataka, Goa, Maharashtra), Amala Annai (Immaculée Conception - Tamil Nadu) et saint François (vice province au Kerala).

- Les profès sont alors au nombre de 397. Les écoles séraphiques sont au nombre de 6 avec 275 élèves. Les fraternités du Tiers Ordre qui étaient 47 en 1948 sont montées à 656 en 1962 et le nombre de leurs membres est passé de 2304 à 26.838.

Frère Dominique Mouly

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