La Mission de Maragnan (Brésil - 1611)


MARAGNAN 1611

Il y a des missions de très longue durée ; il y a des essais missionnaires courts... Ce fut le cas de la tentative des capucins au Nord-Est brésilien en 1611.

A Fontainebleau, le 20 avril 1611, la reine régente - Louis XIII a 10 ans - écrit au Provincial des capucins, Léonard de Paris, lui demandant de désigner quelques Pères pour accompagner Mr De Rasilly qu’elle envoie prendre pied pour la France au nord-est du Brésil. Quarante-deux religieux se portent volontaires ; le Provincial en retient quatre : Père Ambroise d’Amiens, Arsène de Paris, Claude d’Abbeville et Yves d’Évreux, ce dernier étant nommé supérieur de l’équipe. Aucun de ces religieux n’a 40 ans.

La première tentative

On voulait aller vite, et la date projetée pour le départ avait été fixée au 28 août. Mais on ne quitta le Havre que le dimanche de Pâques 1612, cinglant vers les Canaries et Fernando Po pour rejoindre l’Amérique. On y arriva le 26 juillet et le Père Yves planta la croix le 26 juillet dans un îlot à l’embouchure du Grajahu, qu’on appela l’île Sainte-Anne. C’est sur la côte de l’État de Maranhao, entre le 40° et le 45° ouest, l’équateur et le 5° sud. Comme sur le bateau, les capucins partageaient la vie des militaires envoyés à la conquête, rien n’était favorable aux français : ni le climat équatorial, ni la population amérindienne, ni les plus proches voisins portugais. Le 10 octobre mourait sur place le Père Ambroise d’Amiens. Le 1er décembre Mr de Rasilly décida de rentrer en France pour rendre compte, et le Père Claude d’Abbeville se joignit à lui. Le P. Claude était d’ailleurs malade. Était-ce un échec ou le début d’une meilleure organisation ?

Nouvelle tentative

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La mission de Maragnan

Ni la Reine, ni les capucins ne se découragèrent chacun pour ce qui était de leur visée : conquête ou mission. Le nouveau départ, toujours sous le commandement de Mr de Rasilly, eut lieu de Cancale sur le Régent à Pâques 1614. Les religieux étaient au nombre de 7, avec à leur tête le P Archange de Pembroke. Le P. Claude est du voyage, avec trois des six indiens qu’on avait emmenés au premier retour et qui avaient été baptisés en présence de la Cour de France. Le climat de Paris avait été aussi défavorable que celui de leur pays pour nos religieux. Quand Archange de Pembroke arriva sur l’île Sainte-Anne le 23 juin, il trouva, en effet, le P. Arsène comme paralysé par le climat et la nourriture. Tout alla si mal qu’on décida du retour, poussé d’ailleurs par les menaces des portugais. En mars 1615 le « Régent » accosta au Havre ramenant les missionnaires. Le P. Claude mourra à Rouen en 1616, des suites de la maladie contractée à Maragnan. Seul le P. Arsène connaîtra, plus tard, une aventure missionnaire épanouie. En effet, le 19 avril 1632 il s’embarquera, toujours avec Mr de Rasilly et trois capucins, de La Rochelle pour le Canada. Il mourra à Paris le 10 juin 1645 ayant dirigé la mission des capucins de la nouvelle France. Il avait publié des mémoires de son séjour au Maragnan, mais c’est surtout le P. Yves d’Évreux qui a laissé une histoire de cette pénible tentative.

Pourquoi faire mémoire de pareil échec ?

Il y en eut d’autres... Ils montrent la ténacité qu’il faut avoir dans l’engagement missionnaire. Sur les 42 religieux qui se proposèrent pour le Maragnan en 1611 quatre seulement furent envoyés. Ils partaient vraiment vers l’inconnu, vers une aventure qui demandait tout leur amour de Dieu, toute leur volonté d’étendre à tous le salut par Jésus-Christ. Pourrait-on croire que l’échec humain fut sans fruit spirituel ?

Fr. Willibrord-Christian Van Dÿk, ofmcap

voir sur le site de la Bibliothèque Nationale du Portugal le livre Histoire de la mission des Peres Capvcins en L’isle de Maragnan et terres circonuoisines... / Par le R. P. Claude d’Abbeuille Predicateur Capucin (A Paris,1614)