La louange de Dieu comme pont entre les religions (Leonhard Lehmann)


Dans cet article publié dans la revue Italia francescana, et traduit par F. André Ménard, F. Leonard Lehmann, capucin de la province d’Allemagne, professeur de spiritualité franciscaine à Rome, affirme que les initiatives des papes Jean Paul II et Benoît XVI, à partir de la rencontre d’Assise d’octobre 1986 actualisent en quelque sorte l’idée de saint François, restée sans réalisation en son temps, savoir que la louange du Dieu Très Haut unisse chrétiens et musulmans. S’établirait ainsi un pont entre les deux religions. La louange de Dieu établit une relation positive des différences religieuses sans les éliminer, dans le fait de reconnaître Dieu comme transcendant, comme valeur absolue.

La prière est pour François d’Assise quelque chose qui permet de regarder au-delà de son propre horizon, de dépasser les limites de l’Église à laquelle il appartient. Et tandis, qu’avec insistance, il invite tous les êtres à la louange de Dieu, il invite aussi les autres à sortir d’eux-mêmes et les renvoie au Dieu toujours plus grand, transcendant et pleinement unifiant. Enfin, cette glorification cosmique enracinée dans la foi en l’universalité, en l’omnipotence et l’omniprésence et en même temps en l’unicité de Dieu, met ensemble toute l’humanité, comme cela ressort également de l’attitude du Poverello auprès du sultan. Sa seule référence est Dieu, dont il se reconnaît l’envoyé, sans aucun titre d’appartenance politique ou cléricale. En tant que "subditus omnibus", "soumis à tous", François est "au dessus des partis" et peut devenir médiateur comme messager de paix. Tourné uniquement vers l’absolu, François se meut librement entre les deux belligérants à Damiette, et au milieu des hommes de toute appartenance sociale en Italie. En ce sens le Poverello d’Assise n’est pas seulement un pèlerin de cette terre mais aussi un pèlerin de l’Absolu, comme l’a défini le théologien dominicain Yves Congar (1904-95).

Persuadé du mystère infini de Dieu, François réussit à franchir le seuil de l’autre religion, et enraciné dans la foi que tout bien qui est sur cette terre, renvoie à la même source, il était capable de réconcilier les partis dissidents, comme par exemple, à la fin de sa vie, le Podestat et l’Évêque d’Assise, en ajoutant une strophe sur la paix à son Cantique des créatures :

"Laudato si’, mi’ Signore, per quelli che perdonano per lo Tuo amore e sostengo infirmitate e tribolazione. Beati quelli ke ’l sosteranno in pace, ka da Te, Altissimo, sirano incoronati" (Cant 22-26 ; EVT 174).

De sa conversion jusqu’à sa mort, François fut un messager de la paix véritable, de cette paix qui est un don de Dieu et s’appuie sur le respect réciproque. La paix telle que François la vit, la prêche et l’implore est aujourd’hui aussi nécessaire qu’en son temps. Pour cela, il faut que "L’esprit d’Assise" continue de former les cœurs des croyants de toute foi, en les amenant à l’humilité et au dialogue, à reconnaître que Dieu ne peut jamais être source de violence et de guerre mais seulement de "Pace e Bene" de "Paix et Bien". (extrait de la conclusion)