Témoignage de M. André-Louis Longin, ancien Président de l’Association Saint-Francois à Annecy, lors de la célébration du 28 octobre 2012, à l’occasion de la fermeture du couvent d’Annecy


Heureusement qu’ils ne sont pas tous venus celles et ceux qui - pour diverses raisons - ont eu l’occasion au long de ces années de partager un chemin de vie avec vous !!! Sinon il aurait fallu repousser largement les murs de cette chapelle !!!

La communauté des Capucins : une véritable - je n’ai pas dit une « vénérable » - une véritable institution sur Annecy, ancrée dans le quartier, dans la cité, une communauté religieuse pleinement immergée dans la vie.

Pour beaucoup d’annéciens (c’est peut-être moins vrai pour les plus jeunes tant le monde change rapidement), on pouvait, on peut dire « l’avenue de Cran à côté des capucins » ou bien « le couvent, la chapelle des capucins ». Ou parfois – avec grand respect - on parle des « capus ». Pour beaucoup vous êtes un repère, ne serait-ce que géographique... Une véritable institution ! même un arrêt de bus qui porte votre nom ! qui peut en dire autant ??

Mais une institution qui repose sur une longue, une très longue histoire.. .en particulier au service des plus démunis, des plus petits,
_ « là où est le désespoir, que je mette l’espérance »
_ « là où sont les ténèbres, que je mette la lumière »
Ces quelques lignes attribuées à saint François d’Assise (et choisies parmi d’autres), vous les avez mises en œuvre, vous les avez vécues, vous les avez portées pendant toutes ces années.

En particulier à travers l’action menée au Centre Saint-François [1], à 2 pas d’ici. Dans les années 1950, les capucins ont su fédérer autour d’eux de nombreux bénévoles pour accueillir au mieux des hommes en grande difficultés, un travail de fourmis au quotidien parfois dans des conditions précaires, mais avec une foi à déplacer les montagnes.

Vous avez été la cheville ouvrière de cet accueil, puis les choses ont évolué (comme chacune et chacun d’entre nous a évolué au cours de sa vie), peu à peu, les capucins ont laissé la place aux laïcs, les professionnels ont pris le relais, et c’était bien ainsi. Mais vous n’avez jamais abandonné, votre présence s’est faite certes plus légère, plus discrète, jusqu’à ces toutes dernières années vous aviez votre place au sein du C.A. de l’association Saint-François. Dans une confiance totale, dans un dialogue enrichissant nous avons continué - laïcs et capucins - à faire vivre cette structure et surtout, vous avez donné une âme à cette maison qu’était le centre d’hébergement. Je crois pouvoir affirmer que l’esprit de saint François d’Assise a toujours guidé les décisions importantes et surtout le travail de terrain réalisé par les salariés et les bénévoles vous n’avez jamais hésité à nous alerter quand vous le jugiez nécessaire : vous aviez toute votre place.

Combien de femmes, combien d’hommes (jeunes ou moins jeunes) ont retrouvé le goût et l’énergie de vie grâce à vous et à l’idéal que vous avez su faire fructifier. Il y aurait tant de choses à dire, tant de souvenirs de jours heureux comme de jours difficiles à rappeler, à partager.

Et aujourd’hui, vous rendez votre tablier !
Ces dernières années, les couloirs du couvent se sont peu à peu vidés et l’immense table du réfectoire est devenue démesurée, de nombreux frères ou pères de la communauté sont partis sur l’autre rive (et leur nom, leur visage sont présents dans nos cœurs ce dimanche), l’âge et les problèmes de santé fragilisent nombre d’entre vous. Il faut l’admettre, il faut l’accepter : est venue la fin d’une longue, d’une riche présence. On ne verra plus les capucins -soit dans leur bure soit en civil- dans les rues du quartier. Inutile ici de redire la tristesse, la nostalgie et l’intense émotion qui habitent chacune et chacun de nous. Mais, faut-il pour autant vivre votre départ comme une fin, comme un deuil insoutenable et sans lendemain ?? Je ne le crois pas. C’est une magnifique page d’histoire qui se tourne, mais qui n’est certainement pas arrachée. Vous avez porté témoignage d’une Église de l’humilité, une église de l’accueil, de l’ouverture et du service à ceux qui sont dans le besoin (matériel ou moral)... vous nous avez rappelé que vivre le message du Christ implique de ne pas en rester à la compassion mais à être dans l’action. La vie continue pour vous, pour nous car vous êtes - parmi bien d’autres – le témoignage que tout homme (à plus forte raison tout chrétien) peut et doit prendre sa part pour que le monde devienne meilleur et là, je pense au titre du recueil de textes de Christian de Chergé (prieur de Tibhérine en Algérie) « l’invincible espérance » ... soyez rassurés, votre témoignage nous aidera à croire en cette « invincible espérance ». Quant à celles et ceux qui ont vécu avec vous cette incroyable aventure de l’association Saint-François, nous avons la certitude d’avoir partagé l’essentiel, et nous vous en remercions infiniment.

La fermeture du couvent et de la chapelle nous bouscule tous profondément, mais ce jour est avant tout une action de grâce pour tout ce que vous avez vécu et donné... action de grâce que nous souhaitons vivre dans la sérénité, dans la fraternité, j’ai presque envie de dire dans la joie.

Nous avons été - pour beaucoup d’entre nous - bercés dans notre jeunesse par les films de Laurel et Hardy. Alors, si vous me le permettez, je voudrais terminer par ce message de Stan Laurel : « celui qui pleure à mon enterrement, je ne lui parlerai plus jamais ».

André-Louis Longin

Notes

[1CENTRE SAINT FRANCOIS D’ASSISE
5, AVENUE DE CRAN - 74000 Annecy
Tél : 04 50 57 22 09
ass.st.francois@wanadoo.fr
Le Centre Saint Francois d’Assise assure l’hébergement et la réinsertion sociale de personnes momentanément en difficultés, désireuses de faire évoluer leur situation. Pour ce faire, le Centre Saint François d’Assise propose : Un lieu d’hébergement collectif. Un centre de formation cuisine et service. Un dispositif d’accompagnement vers l’emploi (Appui Social Individualisé). Une aide à la gestion santé (Permanence Médico Sociale). Un lien avec les personnes en errance urbaine (Ecoute d’Urgence).