Vivre ensemble en un temps de crise. Famille de peuples, famille de Dieu


La 25e rencontre internationale pour la paix organisée par la communauté Sant’Egidio s’est achevée mardi soir 5 octobre à Barcelone par un appel à la paix signé par environ deux cents responsables religieux chrétiens, musulmans, juifs et bouddhistes. Cette cérémonie, qui se situe dans la continuité de la rencontre interreligieuse d’Assise de 1986, voulue par Jean-Paul II, a clôturé deux jours de débats entre des leaders religieux, mais aussi économiques et politiques venus du monde entier.
Le thème de cette rencontre était : « Vivre ensemble en un temps de crise. Famille de peuples, famille de Dieu ».
Voici le texte de l’appel à la paix :

Hommes et femmes de religions différentes, provenant de plusieurs parties du monde, nous nous sommes réunis à Barcelone, dans une terre qui célèbre par l’art la beauté de la famille de Dieu et de la famille des peuples, pour invoquer du Très-Haut le grand don de la paix.

La décennie qui vient de s’achever a été difficile. Le monde a cru davantage à l’affrontement et au conflit qu’au dialogue et à la paix. Nous connaissons les peurs de beaucoup d’hommes et de femmes dans bien des parties du monde, la souffrance provoquée par des guerres qui n’ont pas abouti à la paix, des blessures infligées par le terrorisme, le mal-être de sociétés frappées par la crise du travail et par l’incertitude du futur, la souffrance de tant de pauvres qui frappent à la porte d’un monde plus riche et se heurtent, souvent, aux portes fermées et à la méfiance.

Notre monde est désorienté par la crise d’un marché qui s’est cru tout-puissant, et par une mondialisation parfois sans âme et sans visage. La mondialisation est au contraire une occasion historique. Elle unit des mondes lointains, mais elle doit trouver une inspiration généreuse. Elle s’accompagne au contraire de la peur, de la guerre, de la fermeture à l’autre, de la crainte de perdre sa propre identité.

Une nouvelle décennie doit s’ouvrir qui permette au monde globalisé de devenir une famille de peuples. Notre monde a besoin d’une âme. Mais il a surtout besoin de paix. La paix est le nom de Dieu. Ce n’est pas quelque chose de superficiel. Cela vient du plus profond de nos traditions religieuses.

Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour haïr et humilier l’autre s’éloignent de la religion pure. Ceux qui invoquent le nom de Dieu pour faire la guerre et pour justifier la violence se dressent contre Dieu. Jamais aucune raison, jamais aucun tort subi ne peuvent justifier l’élimination de l’autre. Du plus profond de nos identités religieuses et de nos différentes histoires, de la prière vécue les uns à coté des autres, nous pouvons dire au monde : nous avons besoin de vivre ensemble un destin commun. Les religions témoignent qu’il existe un destin commun des peuples et des hommes. Ce destin a pour nom la paix. A travers le dialogue se réalise ce destin commun qu’est la paix. Le dialogue est le chemin pour le retrouver et le construire. Il protège chacun d’entre nous et préserve notre humanité dans un temps de crise. Le dialogue n’est pas de l’ingénuité. Il rend capable de voir loin même quand tous ne regardent que ce qui est près d’eux, finissant par se sentir seuls, résignés, effrayés. Le dialogue n’affaiblit pas mais fortifie. C’est le véritable moyen d’échapper à la violence. Rien n’est perdu avec le dialogue. Tout devient possible, même imaginer la paix. Dans une société où, de plus en plus, des gens différents vivent ensemble, il faut apprendre l’art du dialogue. Il n’affaiblit l’identité de personne et fait redécouvrir le meilleur de soi et de l’autre. Nos sociétés ont besoin d’apprendre à nouveau l’art de vivre ensemble.

Après ces journées, nous sommes de plus en plus convaincus qu’un monde sans dialogue n’est pas un monde meilleur. Nous avons besoin de paix et il n’y a pas de paix sans dialogue. La paix est le plus grand don de Dieu. La paix a besoin de prière. Aucune haine, aucun conflit, aucun mur ne peut résister à la prière, à l’amour patient qui se fait don et pardon, tout en éduquant en profondeur à bâtir un monde où tout ne se réduit pas au marché et ce qui compte ne s’achète ni ne se vend.

Nous voulons entrer dans la décennie qui s’ouvre avec la force de l’Esprit, pour fonder un temps d’espérance pour le monde. Il y a besoin d’espérance. Mais nous avons l’espérance. Notre espérance vient de loin et se tourne vers l’avenir. Un destin commun est le seul destin possible.

Que cette décennie puisse être la décennie de la paix, du dialogue et de l’espérance.

Barcelone, 5 octobre 2010